On vous l’avez dit…

 

ON VOUS L’AVAIT DIT. ÇA ARRIVE!  LES FONDS DE PENSION FONT BOIRE LA TASSE … AUX RETRAITÉS

En Europe et aux États-Unis, les difficultés rencontrées par les fonds de pension, avec la crise engendrée par l’épidémie de coronavirus, donnent des sueurs froides aux salariés. En France, les opposants à la réforme Macron sur les retraites font valoir la solidité du régime par répartition.

Des millions de futurs retraités vont-ils subir le contrecoup de la crise financière, à l’image de ce qui s’était passé en 2008 ? S’il est trop tôt pour le dire, des signes avant-coureurs donnent du grain à moudre aux opposants à la capitalisation. Aux Pays-Bas, où la quasi-totalité des travailleurs cotisent à des fonds de pension, la cote d’alerte est atteinte. ABP, fonds de pension qui gère à lui seul près de 500 milliards d’euros pour les fonctionnaires, a annoncé qu’il taillerait très certainement dans les pensions versées en 2021. Depuis des mois, le régime de retraite néerlandais est secoué par l’effondrement des taux d’intérêt. En effet, les fonds de pension du pays investissent massivement l’épargne des salariés dans de la dette d’États. Problème : la politique pratiquée par la Banque centrale européenne – le rachat de milliards d’euros de titres de dettes – a entraîné une baisse drastique des taux d’intérêt, et donc des rendements des fonds néerlandais. La crise du coronavirus n’a fait qu’accentuer les difficultés. Aux Pays-Bas, la loi impose aux fonds qui voient leur taux de couverture (c’est-à-dire le rapport entre leurs actifs et leurs engagements de retraite) passer sous la barre des 95 % de diminuer les pensions. Le taux d’ABP est tombé à 88 % en février. Résultat, des millions de retraités risquent de payer la note.

« Si la crise s’installe, la situation des ménages risque de s’aggraver »

Ailleurs en Europe, la crise inquiète les épargnants. En Belgique, la Bourse a dévissé d’environ 35 % en trois semaines. Selon la presse belge, les futurs retraités ont déjà perdu jusqu’à 20 % de ce qu’ils avaient épargné. Ce plongeon peut inciter les épargnants âgés à retarder leur départ en retraite et à attendre une remontée des cours boursiers.

Aux États-Unis, les épargnants auraient eux aussi énormément à perdre en cas de crise durable. Le régime de base américain ne garantissant qu’une faible pension aux travailleurs, plus de 40 % de la population active se tournent vers des plans de retraite privée de type « 401K », qui placent l’épargne sur les marchés financiers. À leurs risques et périls : en 2009, les fonds de retraite américains avaient fondu d’environ 2 000 milliards de dollars, ruinant des millions d’épargnants. À cette époque, le rendement réel des fonds de pension avait chuté de 17 % dans 23 pays de l’OCDE.

« Depuis le début de l’année, les marchés boursiers ont perdu environ 35 % de leur valeur dans le monde, prévient Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE. Cela équivaut à une perte d’environ 20 % pour les fonds de pension, 60 % de leurs portefeuilles étant généralement placés en actions, et le reste en obligations. Les gestionnaires de fonds se veulent optimistes. Mais si la crise s’installe, ils devront prendre des mesures dès 2021, c’est-à-dire diminuer les pensions et augmenter les cotisations qu’ils prélèvent, ce qui aggravera la situation des ménages et des entreprises… »

« Le régime par répartition est bien plus robuste et flexible »

La dégringolade des marchés financiers apporte évidemment de l’eau au moulin des opposants à la réforme Macron. Le projet de loi vise en effet à faire rentrer le loup de la capitalisation dans la bergerie. Au-delà de 120 000 euros de revenus annuels, les salariés ne pourront plus cotiser au système par répartition, et la tentation sera grande de se tourner vers la capitalisation pour conserver leur futur niveau de retraite. Par ailleurs, la baisse programmée du taux de remplacement (la proportion du dernier salaire que l’on perçoit à la retraite) risque d’accroître, dans les années à venir, le recours aux fonds de pension.

Une hérésie pour les partisans du régime actuel, qui rappellent que, en 2008-2009, les retraités français ont échappé au pire« Le régime par répartition est bien plus robuste, souligne Pierre Khalfa, membre du conseil scientifique d’Attac. Le système est assis sur les cotisations sociales. Or, si la masse salariale a diminué pendant la crise de 2009, en raison de l’augmentation du taux de chômage, la chute a été moins brutale que celle du PIB… ou des marchés boursiers ! Par ailleurs, le régime par répartition est bien plus flexible : vous pouvez décider très rapidement d’augmenter le niveau de ressources, en jouant sur le niveau des cotisations par exemple. »

Cyprien Boganda

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