Guerre aux pauvres ?

Guerre aux pauvres ?    * Par Alain Hayot,

A la veille de l’hiver les organisations humanitaires lancent un cri d’alarme qu’il est important de relayer et d’éclairer : un vent mauvais souffle contre les pauvres. ATD Quart monde n’hésite pas à inventer un mot, la « pauvrophobie » pour dénoncer ce que nous constatons quotidiennement. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. A Paris le Centre d’hébergement des sans-abri   dans le 16è arrondissement a été incendié. Idem pour le centre du Secours populaire à Montreuil. Des centres d’accueil des migrants subissent, ici et là, des agressions violentes. Il en est de même pour les camps de Roms. Les mairies Fn d’Henin Beaumont et de Hayange n’ont de cesse d’expulser le Secours populaire des locaux où il accueille ceux qui en ont besoin. Une mairie LR du Val de Marne tente d’empêcher la construction par le Secours catholique d’un centre d’hébergement pour femmes. De nombreux bains douches pour sans-abri ont été fermés.

Certaines villes installent des mobiliers urbains anti-sdf, bancs grillagés ou les suppriment purement et simplement. Même sur les trottoirs les sdf ne sont plus tolérés. Les arrêtés municipaux  anti-mendicité se multiplient dans les villes touristiques, particulièrement dans nos belles régions ensoleillées.

Les organisations caritatives, les associations d’aide humanitaire voient leurs subventions publiques fondre comme neige au soleil. Les discours politiques, à droite et à l’extrême droite mais pas seulement, culpabilisent les pauvres, les chômeurs,  les migrants, les sans-abri, les sans-papiers et les bénéficiaires du Rsa… Ils pratiquent un odieux amalgame en les englobant dans un même vocable  stigmatisant : ils seraient des assistés qui profitent du système, ils vivraient aux crochets de ceux qui travaillent et paient des impôts.

La victime devient coupable et le pauvre  responsable de sa pauvreté. Pire, il devient celui par qui tous les malheurs arrivent. Tout se passe comme si on assistait à un rejet des pauvres, ces « barbares » qui campent dans nos villes, ces « racailles » qui tireraient notre société vers le bas et dont il faudrait se protéger soi-même puisque « l’État ne le fait plus ». On sent monter l’idée, heureusement encore très marginale, qu’à l’instar des américains, il serait devenu légitime de se défendre soi-même, au besoin en s’armant. Comme si pour survivre il faudrait mener la guerre aux pauvres.

Et si au lieu de la déclarer aux pauvres, notre société déclarait la guerre à la pauvreté ? Car enfin les chômeurs, les sans- abri, les migrants sont les victimes d’un système toujours plus inégalitaire, toujours plus dur pour celle ou celui qui n’a pas les moyens de sortir indemne de cette jungle que sont devenues nos sociétés où le combat pour la survie fait chaque jour plus de victimes.

Au fond la vrai nature de ce système l’incite à dresser les moins pauvres contre les plus pauvres, les classes moyennes contre les classes populaires, afin d’empêcher toute forme de solidarité entre eux ou entre elles. Afin de mettre le peuple à la merci de ceux qui le dominent, l’installant ainsi durablement dans une servitude volontaire ou non.

·        *  « La Marseillaise » du samedi 5 novembre 2016.

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