Sur les écrans de ses nuits blanches ….(jaunes ?)

Par une indiscrétion savamment préparée, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il avait été tellement impressionné par le dernier film de Ladj Ly, les Misérables, Prix du jury à Cannes, qu’il aurait  demandé au gouvernement de prendre au plus vite des mesures pour améliorer la vie dans les quartiers populaires. C’est formidable. Il faut croire qu’il n’a jamais entendu parler du plan Borloo sur les banlieues qu’il a lui-même enterré.

A ce compte-là, il faudrait faire visionner au président de la République

  • L’intégrale de Ken Loach pour qu’il se décide enfin à lutter contre la précarité et les jobs au rabais.
  • Enchaîner avec le film de Costa-Gavras sur la Grèce mise au pas par Bruxelles (Adults in the Room) et, dans la foulée, exiger d’Edouard Philippe un plan d’urgence pour s’opposer aux diktats de l’Europe de la finance.

« Le privilège des grands, c’est de voir les catastrophes d’une terrasse »,                      a écrit Jean Giraudoux.

Ils peuvent aussi les voir depuis un salon doré, d’où ils découvrent la lune, la rotondité de la terre, la réalité du pays et les conséquences de la politique mise en œuvre, sans jamais faire de lien de cause à effet. C’est la faute à pas de chance, à moins qu’il ne s’agisse d’un complot fomenté par les Russes à des fins de déstabilisation. En tout cas, si les banlieues sont ce qu’elles sont, si les « gilets jaunes » sont rouges de colère, si les pauvres le sont de plus en plus et les travailleurs, chômeurs et retraités dans las starting-block du 5 décembre , Emmanuel Macron n’y serait pour rien, ses prédécesseurs non plus, et l’élite de la finance pas davantage.

Autant donc éviter les sujets qui fâchent et ignorer la complainte sociale qui monte des tréfonds de la nation. 
Et laisser les Misérables sur le grand écran sans jamais les écouter quand ils prennent la parole. Autant, d’ailleurs, faire en sorte qu’ils ne la prennent pas, en cantonnant ces éternels invisibles dans les bas-fonds de l’histoire, comme à la télévision, où ils n’apparaissent que par effraction, à croire qu’ils ont le statut de pestiférés des temps modernes. Sur le petit écran, sauf exception, la vie au travail (ou au chômage) fait partie d’un continent inexploré, d’une planète étrangère, sauf quand on ne peut faire autrement. Si une grève se déclenche à la SNCF, on parlera de ses conséquences pour les usagers, forcément en colère, mais on ne saura rien des causes du mouvement, à croire que les cheminots (classés d’office dans la catégorie « privilégiés », comme les traders et les vedettes du CAC 40) sont des irresponsables décidant d’arrêter le travail pour embêter les voyageurs les jours de gros départ et les prendre en « otages » – mot passe-partout qui fait toujours recette.

Pour que l’on évoque les gens d’« en bas », il faut un mouvement social spectaculaire, avec occupation d’usine et menace de « tout faire péter ». 

Dans ce cas, l’hypothèse « casseurs » prend le dessus, comme on l’a vu avec les « gilets jaunes », d’office assimilés aux black blocs. Alors, les caméras débarquent, les micros se tendent, les iPhones enregistrent, parce qu’il peut y avoir du sang et qu’une telle hypothèse fait grimper l’audimat. On en rajoute, on fait peur, puis on rentre à la maison, non sans avoir montré que les manifestants, par définition, sont des gens à qui on ne peut pas faire confiance.

Ensuite, la vie médiatique reprend ses droits avec des consommateurs, des acheteurs, des décideurs, des promeneurs et des téléspectateurs, mais jamais des travailleurs. « Consomme, travaille et ferme ta gueule »

Cela ne lèvera pas le tabou de la diversité sociale, qui conduit à ignorer autant le peuple sur le petit écran que dans la vie publique.

Vivement un film sur le sujet pour que le président de la République s’en empare enfin !

PS: Un casting géant est prévu par les organisations syndicales ce 5 décembre  2019 partout en France, pour un remake des Jours Heureux ?

Avec l'aide de Jack Dion de Marianne

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