La mémoire au service des luttes

Il y a 123 ans, les 16 et 17 août 1893, un massacre d’immigrés italiens se déroulait à Aigues-Mortes, dans le Gard en France. …

Le contexte historique est celui d’une forte immigration de belges pour le nord de la France et d’italiens pour le sud-est du pays. Sans cette immigration, le décollage industriel n’aurait pas pu avoir lieu. Comme aujourd’hui avec les immigrations contemporaines, l’extrême-droite mise sa stratégie politique sur la stigmatisation de cette immigration présentée comme cause des difficultés sociales. Comme aujourd’hui, les autres forces politiques empruntent pour des raisons électorales les thèmes, les logiques et les discours de l’extrême-droite.

La Ligue de la patrie française multiplie les campagnes en utilisant des termes péjoratifs comme « rital » pour les italiens et « pots de beurre » pour les belges (beaucoup de belges étaient frontaliers et amenaient avec eux leur beurre pour faire des économies). Le thème de l’étranger prenant le travail et le pain des français était déjà présent et tout aussi erroné économiquement qu’aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’une bagarre éclate le 16 au matin entre ouvriers italiens et ouvriers ardéchois au sein d’une équipe de la compagnie des Salins du Midi dont l’activité est le battage et le levage du sel. Les ouvriers ardéchois descendent alors en ville pour ameuter la population.

La chasse à l’italien commence et une foule grandissante poursuit les immigrés dans toute la ville. La foule se rend ensuite dans les salins où les ouvriers immigrés sont protégés par des gendarmes. La promesse est faite d’expulser tous les italiens par le train en partance de la gare d’Aigues-Mortes. Durant le trajet vers la gare, la foule attaque les ouvriers immigrés et les massacre. Des témoins décrivent des scènes de lynchages, de coups de bâton, de noyades et de coups de fusils. Officiellement, 8 italiens sont tués, 14 autres sont déclarés disparus et 99 sont blessés. Selon les sources italiennes, on compterait une centaine de morts. En Italie, des émeutes anti-françaises éclatent et l’Italie menace de rompre les relations diplomatiques avec l’État français. Cela conduit ce dernier à verser une indemnisation aux ouvriers expulsés et aux familles des victimes. Sur le plan judiciaire en revanche, aucune condamnation n’est prononcée. Les juges estiment qu’il y a eu « agression » par les ouvriers immigrés italiens. Surtout, le procureur s’évertue à dépolitiser le procès. Les faits sont analysés comme une banale rixe sans liens avec le racisme. L’acquittement de tous les inculpés est prononcé.

N’oublions pas ce pogrome aujourd’hui où le discours politique et médiatique dominant se fait plus que jamais stigmatisant donnant naissance à une banalisation de l’islamophobie, de la négrophobie et de la Romophobie.

Hier comme aujourd’hui, le discours raciste est l’antichambre du passage à l’acte meurtrier.

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