Michel Caciotti. Résister, aujourd’hui comme hier

Michel Caciotti.

«La grandeur d’un pays ne s’apprécie qu’au bonheur de son peuple ».

Engagé à 16 ans dans la Résistance au sein des Francs-Tireurs Partisans (FTP), ce militant communiste mène sa vie comme une succession d’engagements pour un monde meilleur.

Il a une seconde de réflexion, le temps de se remémorer à grande vitesse ses souvenirs lointains. Puis on ne l’arrête plus. Michel Caciotti est intarissable dès lors qu’on lui demande de parler des années de la Résistance, de la Libération et des combats du mouvement social d’après-guerre.

Il faut dire qu’il a été acteur, au premier plan, depuis plus de 60 ans : résistant FTP, syndicaliste CGT, membre du Parti communiste français.

Michel Cacciotti, c’est toute une vie d’engagements. Contre l’injustice et pour un monde meilleur.

« Bien évidemment, alors que l’on sort des jours commémorant le 70e anniversaire de la Libération, les souvenirs sont bel et bien présents » témoigne Michel Caciotti dont le père était membre de la SFIO, ancêtre du Parti socialiste « qui m’avait toujours éduqué avec l’esprit patriotique ». « C’est sur mon lieu de travail, les Ateliers Terrin que j’ai acquis ma conscience ». Le syndicat clandestin CGT sera sa voie d’entrée.

« Nous menions des actions au sein de l’usine, pour sensibiliser les travailleurs. Ce n’était pas facile, risqué, mais c’est là que j’ai appris la fraternité ». Au fil des semaines, les résistants ouvriers manquent d’être repérés, à force de distribuer des tracts, de mener des mouvements. Michel Caciotti devient alors Raymond Martinez. Et les actions menées à Marseille concernent surtout des sabotages.

« Notre méthode était de libérer quartier par quartier »

Jusqu’à ces journées d’août 1944 où Marseille va se libérer. « C’est la CGT clandestine qui a lancé le mot d’ordre de grève générale, avant l’insurrection. Il fallait occuper les usines pour ne pas que les Allemands les sabotent » rapporte celui qui était engagé dans les FTP et qui a participé aux combats dans le quartier des Réformés et de la Belle de Mai. « Notre méthode était de libérer quartier par quartier et de demander aux gens de descendre dans la rue et de faire du bruit, pour effrayer les Allemands et leur montrer qu’il y avait des vagues qui déferlaient sur Marseille ». L’Occupant est déboussolé, surtout que la Résistance a commencé à attaquer des postes de garde et modifié un grand nombre de panneaux d’indication.

Marseille sera enfin libérée le 28, « grâce à la Résistance et à l’armée alliée » estime Michel Caciotti. Marseille a ses particularismes : la réquisition par les travailleurs de 17 entreprises abandonnées par leurs patrons collaborateurs -et impulsée par le résistant Raymond Aubrac, commissaire de la République- et la constitution d’un bataillon FFI La Marseillaise composé de résistants ayant décidé de pourchasser l’ennemi vers le Nord. Michel Caciotti en sera.

La guerre finie, il ne fallait surtout pas baisser la garde. L’heure de la reconstruction avait sonné. « Notre engagement, c’était l’application du programme du Conseil national de la Résistance » réaffirme celui qui fait alors partie du Parti communiste. « C’est ce qui animait les communistes après-guerre car ils s’y étaient engagés dès le début de la guerre ». Et de citer : l’appel du 10 juillet 1940, la participation au CNR, les Ministres communistes du premier gouvernement De Gaulle… « Pour ceux qui souhaiteraient minimiser le rôle des communistes pendant la guerre… » ironise Michel Caciotti.

Au fil des ans, Michel Caciotti a occupé des responsabilités syndicales à l’UL CGT du port, en tant que salarié de la Transat’, puis a été élu administrateur de la Sécurité sociale à une époque où l’instance était véritablement gérée de manière démocratique avec une forte présence des salariés.

« On peut changer la donne »

A 88 ans passés, Michel Caciotti a toujours la motivation de ses 16 ans. Et résume son envie d’aller de l’avant par une question récusant tous les discours ambiants de renoncement. « Pourquoi, alors que la France était ruinée en 1945, a-t-on réussi à reconstruire le pays et à faire obtenir d’énormes acquis aux travailleurs… et cela ne serait pas possible aujourd’hui ? »

Autant dire que les politiques d’austérité menées actuellement à l’échelle de l’Europe ont à travers Michel Caciotti un fervent opposant. « Par la sensibilisation, le dialogue avec les gens, on peut changer la donne » affirme-t-il. Et également grâce à sa plume dont il fait bénéficier les lecteurs de la Marseillaise tous les lundis avec ses chroniques sur la santé et la protection sociale. « Je les reprends début septembre » promet-il. Rendez-vous est pris.

Sébastien Madau (La Marseillaise, le 1er septembre 2014)

A lire : Une vie de résistance, de Michel Caciotti, éditions FTP.

Sa vie en quelques dates

1926. Naissance le 30 juillet, quartier du Panier.
1942. Intègre comme « demi-ouvrier » les Ateliers Terrin. Commence à mener des actions de résistance.
1943. Entre en clandestinité sous le nom de Raymond Martinez.
1944. Participe aux combats pour la Libération de Marseille au sein des FTP.
1946. Entre à la Compagnie générale transatlantique et milite au PCF.
1953. Élu Secrétaire général de l’UL CTT du Port.
1960. Élu administrateur de la Sécurité sociale.
1979. Reçoit la Légion d’honneur.
2014. Engagé notamment à la CGT, au PCF et à l’ARAC.

Comments are closed.