La réforme des retraites et son financement


20 JANV. 2020 par Les invités de  Médiapart: Comment séparer la réforme des retraites de son financement?

Depuis la fin des années 1980, un discours dogmatique a conduit à ce que les besoins de financement de notre système de retraite soient quasiment exclusivement assumés par les salarié.es, avec un report de l’âge de la retraite bien plus rapide que l’allongement de l’espérance de vie et une baisse du niveau de vie des retraité.es.

La réforme présentée par le gouvernement va encore plus loin. En imposant ce cadre, et en plafonnant les dépenses de retraite, le premier ministre nous fait basculer dès maintenant, sans même attendre le régime à points, dans un système « à cotisations définies » où les ressources sont bloquées et les pensions s’ajustent à la baisse.

Une rupture avec notre système actuel conçu pour fonctionner « à prestations définies », et garantir le taux de remplacement, le montant de la pension par rapport au dernier salaire. Ceci préfigure ce qui nous attend avec le régime à points dans lequel le système de pilotage ajustera automatiquement le montant des pensions et l’âge de départ aux besoins de financements. Suède, Allemagne… les exemples étrangers le démontrent : dans ces régimes, les salarié.e.s solvables sont contraints à recourir à l’épargne retraite et à la capitalisation pour tenter de maintenir leur niveau de vie.

De plus, exclure, comme le fait la réforme, les cadres supérieurs de la répartition intégrale c’est priver notre système de retraite solidaire de leurs cotisations, soit en moyenne de 4 milliards d’euros chaque année. En limitant le champ des retraites par répartition, l’objectif du gouvernement est de créer un nouveau marché en permettant aux fonds de pensions de mettre la main sur l’épargne des salarié.e.s solvables.

« Bizarrement », la conférence de financement est prévue à la fin des débats parlementaires, alors que le gouvernement n’a toujours présenté ni trajectoire financière de sa réforme, ni étude d’impact, ni simulations individuelles. Un amateurisme ? Une stratégie d’opacité plutôt pour éviter le débat sur les conséquences de sa réforme. Pourtant, selon les projections, en 2050, le nombre des plus de 60 ans aura augmenté de 40 %. Si on fige le niveau des ressources du système, comme c’est le projet du gouvernement, le montant des pensions est condamné à s’effondrer.

Le retrait de la réforme est un préalable. Mais au-delà, nous souhaitons que le débat sur le financement des retraites s’ouvre et que nos propositions concrètes soient enfin examinées. Pour renforcer notre système et garantir le maintien du niveau de vie de l’ensemble des travailleuses et travailleurs, nous proposons notamment l’augmentation des cotisations.

Exclure à priori, comme le font le gouvernement et le patronat, tout relèvement des cotisations aujourd’hui et dans le futur est une position dogmatique, qui condamne les générations d’actifs à avoir des pensions dégradées. Les exonérations de cotisations sociales qui atteignent en 2019 le montant record de 66 milliards d’euros par an doivent aussi être réexaminées au regard de leurs résultats en matière d’emploi et d’investissement.

Enfin, rappelons que le financement de nos retraites est directement dépendant des politiques d’emploi et de salaire. La fin de l’austérité salariale dans la fonction publique, l’égalité salariale femmes-hommes et des mesures résolues pour lutter contre le chômage et la précarité permettraient de dégager des ressources conséquentes pour financer nos retraites.

Alors que les progrès technologiques se traduisent par une nouvelle phase d’automatisation et qu’il est vital de redéfinir les finalités et les modalités de la production de richesses, augmenter encore la durée de travail serait un non-sens économique, social et sociétal. Notre pays n’a jamais été aussi riche.

Plutôt que d’alimenter la spéculation et les fonds de pension, nous souhaitons que nos richesses soient mises au service du financement de nos retraites solidaires par répartition.

 *Signataires -Les Économistes atterrés, la fondation Copernic, Attac, l'Ugict Cgt*  et le collectif Nos retraites 
Pour l’UGICT-CGT Sophie Binet et Marie José Kotlicki, co-secrétaires générales 

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