Un silence qui en dit long

Le mot « confinement », hier quasiment absent de notre vocabulaire, est désormais devenu très familier. La raison est simple : c’est notre quotidien depuis le 17 mars. Une situation hors-norme, bouleversante et lourde de conséquences.

C’est encore supportable, car il s’agit d’aider les soignants à ne pas être totalement submergés dans les hôpitaux pour soigner les victimes du Covid-19.              L’argument choc aide à tenir mais ne gomme pas les inégalités déjà béantes, qui s’aggravent un peu plus avec cette mise à l’arrêt forcée. L’interdiction du « dehors » est notamment tragique dans les grands ensembles populaires qui respectent l’injonction au prix de sacrifices immenses.

Parmi les conséquences de ce confinement promis jusqu’au 11 mai, il y a le silence qui a fondu sur les grands centres urbains. Une chape de plomb car ce silence n’a rien de normal.
L’historien Alain Corbin, auteur d’une Histoire du silence de la Renaissance à nos jours, explique que ce silence, dans nos villes, n’a rien de naturel. Et le rituel des applaudissements, aux soignants, tous les soirs, est à la fois un signe de reconnaissance et le moyen de rompre le silence. Elles disent beaucoup de choses, ses villes quasi-muettes : la vie à l’arrêt, les solitudes, le chômage qui remplit d’angoisse et vide les frigos, les liens sociaux rompus, les enfants et les anciens fragilisés.

Le retour attendu n’est pas celui des nuisances qui nous font mal et altèrent notre santé.
Le retour attendu est celui de la vie.
Mais pas la vie d’avant. Car rien, après cette catastrophe, ne pourra l’être.

Il faudra l’exiger, quitte, pour cela, à faire beaucoup de bruit.

Comments are closed.