« Vivre en Ehpad, ce n’est pas avoir moins de droits 

Le dernier rapport de la Défenseure des droits dénonce des atteintes récurrentes à la dignité des personnes âgées, renforcées par la crise sanitaire.

Entretien avec Claire Hédon - Défenseure des droits

 

La France est l’un des pays européens qui compte le plus de personnes de 75 ans et plus en Ehpad (près de 9 %). Or, le dernier rapport de la Défenseure des droits met au jour des phénomènes de maltraitance, aggravés par la crise sanitaire.
Quelles sont les principales atteintes aux droits des personnes âgées que vous pointez dans ce rapport ?
Claire Hédon D’abord, nous voulions rappeler que les personnes qui vivent en Ehpad ont les mêmes droits que le reste de la population. Or, la crise sanitaire a mis en exergue des atteintes, qui existaient avant le Covid, mais ont pu être aggravées par l’épidémie. Atteintes au respect de la dignité des personnes, à la protection contre la maltraitance, à la liberté d’aller et venir, au respect de la vie privée, au maintien des liens familiaux… Nous avons analysé 900 réclamations reçues en six ans, dont 200 depuis le début de la crise sanitaire. Concrètement, il s’agit de situations où, pour pallier le manque de personnel, des couches ont été mises systématiquement à des résidents ; des horaires de lever et de coucher fixés en fonction de la seule disponibilité du personnel ; des aliments hachés, alors que ce n’était pas indispensable ; des douches données seulement une fois par semaine… ­Autant d’atteintes liées à la vulnérabilité des personnes.
Sur ces 900 réclamations, 80 % concernaient les Ehpad. Y a-t-il un problème avec le modèle de ces établissements ou leur fonctionnement ?
Claire Hédon On ne conteste pas le besoin de ce type de structures. La question, c’est comment elles fonctionnent. Or, les droits et libertés des résidents sont devenus une variable d’ajustement face au manque de personnel. D’où la préconisation centrale que nous formulons, au sein de nos 64 recommandations : fixer un ratio minimum de 8 effectifs à temps plein pour 10 résidents. Aujourd’hui, en France, on est à 6,2. Le Danemark est à 10, l’Allemagne à 12. Demander 8 ne nous semble pas déraisonnable, c’est même le ­minimum vital. Il faut aussi revaloriser les métiers de l’accompagnement, et rendre obligatoire la formation des personnels à la bientraitance.
La liberté d’aller et venir a particulièrement souffert lors de cette crise sanitaire…
Claire Hédon Évidemment, des ­restrictions pouvaient se justifier. Mais seulement de manière temporaire, exceptionnelle et proportionnée. Or, il existe encore des Ehpad, où les résidents sont vaccinés, qui empêchent ces derniers de sortir en famille, ou réduisent les visites à une heure par semaine. Là, ce n’est pas proportionné.
Ce ratio minimal de 8 encadrants pour 10 résidents est-il réaliste, alors que ces établissements sont déjà très coûteux pour les familles ?
Claire Hédon Déjà, il n’y a pas de ­corrélation entre le coût d’une place en Ehpad et le nombre de personnels mis à disposition. La question est de savoir quelles priorités on se donne. Oui, les personnes en Ehpad ont les mêmes droits que nous ! Il faut que nous changions de regard sur les personnes âgées, tous, collectivement. Et réfléchissions à l’investissement que cela induit.
Vous avancez 64 recommandations, c’est énorme. Cela montre en creux que les dysfonctionnements sont massifs…
Claire Hédon Ils sont importants, mais, attention, il y a aussi des Ehpad qui marchent bien. D’ailleurs, nos recommandations s’adressent d’abord au ministère de la Santé, aux ARS, aux conseils départementaux… C’est une question de société. La fin de vie doit être mieux accompagnée, via le développement des soins palliatifs au sein même des Ehpad.
par  Alexandre Fache , pour l’Humanite du 05/05/2021

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